La nuit dans la vieille sapinière a été calme. La hulotte est venue me saluer mais n'est pas restée. A 4h30 du matin je suis debout et je rejoins sans lumière le petit affût installé la veille à 300 mètres de là. Tout est silencieux. Recroquevillé dans ma cachette j'attends. A 5h15 les premiers "telep….telep…" tombent des sapins. Les oiseaux sont invisibles dans les frondaisons des arbres. Pourtant l'un semble être tout proche. 15mn plus tard un coq descend au sol dans un grand fracas d'ailes, rapidement suivi par d'autres. Les oiseaux chantent leur chant complet maintenant. A l'oreille, j'en compte trois, soit un de moins que l'an dernier. Ce constat m'attriste. La population diminue régulièrement ; les oiseaux sont toujours chassés dans les Pyrénées. Le jour se lève à son rythme et les strophes et sauts battus se succèdent. Le spectacle est toujours exclusivement pour les oreilles. Une poule a caqueté dans mon dos. Un mâle semble parader derrière la crête à 20 mètres devant moi, invisible. J'avais repéré ses crottes la veille. Quand le soleil sera au-dessus de l'horizon, je ais qu'un beau contre jour s'installera pour 1h00. Il "suffira" que ce coq monte enfin sur la crête, et l'image pourrait être belle. Mais cela fait déjà trois matinées que j'espère en vain ce oment. L'an dernier déjà… 7h45, l'éventail noir piqueté de blanc de la queue apparaît d'abord, le sourcil écarlate, la gorge moirée…il est là. Tout à sa parade, il arpente à petits pas cadencés la crête. Les usnées lui font un écrin. Il défile devant mon affût quelques instants, avant de basculer à nouveau hors de vue. 5mn de bonheur.
Laurent NEDELEC / Parc national des Pyrénées