Je me suis levé à 5h00, j'ai mal dormi. Non pas que ma tute (nom pyrénéen du gîte d'hibernation de l'ours) soit inconfortable, mais comme souvent, avant mes affûts, je suis fébrile. D'innombrables questions m'assaillent. J'ai choisi une météo couverte, me mettant ainsi à l'abri des lumières trop dures. Je m'installe à la nuit dans mon affût, le chant des grives et des rouges-queues me chaperonne. J'espère photographier l'aigle royal. Le « seigneur des montagnes » sera-t-il au rendez-vous ? Le jour pointe, accompagné des cris des corneilles, de bonne augure pour la suite ! Prudentes, elles se posent, inspectent autour de la victime, qu'un bref moment d'inattention aura rendu fatal. Puis, les corbeaux arrivent, avisés, volubiles, exubérants et redoutablement perspicaces. Je ne dois pas me précipiter, vu leur nombre de sept, la moindre erreur est à proscrire aujourd'hui ! Je dois comprendre leurs allées et venues avant d'espérer déclencher. Plusieurs fois, sans raison apparente, tout ce petit monde s'envole puis se repose après quelques minutes. L'aigle rôderait-il aux alentours ? C'est lors d'un de leur départ bruyant et précipité que je choisis d'orienter mon objectif vers ce perchoir.
Christophe GUENIN / Parc national des Pyrénées